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Dans le ventre de Palerme
La cuisine palermitaine exprime, par sa richesse et par ses
alliances, la diversité culturelle d’une histoire fascinante. Cuisine de rue
ou des nobles, douceurs variées des pâtisseries qui offrent une antichambre
au paradis !
La Sicile
a toujours été un point de rencontre et de commerce pour les peuples les
plus divers. Non seulement ces derniers y ont laissé des habitudes
alimentaires et des produits jusqu’alors inconnus, mais ils ont aussi
assimilé et, à leur tour, porté ailleurs des usages gastronomiques et, très
souvent, des recettes bien précises. Un échange fructueux et de longue durée
s’est ainsi instauré qui a eu le mérite de constituer, par couches
successives, une gastronomie extraordinaire et hétéroclite, de même qu’il a
diffusé dans tout le bassin méditerranéen et même au-delà, la réputation de
la variété et de l’opulence des plats siciliens. Palerme, la plus peuplée et
la plus importante ville de Sicile, siège du pouvoir temporel, des
structures politiques et administratives et d’une noblesse fière et joyeuse
qui accordait beaucoup d’importance à la nourriture, comme manifestation de
pouvoir et de suprématie, a, en quelque sorte, déterminé la gastronomie des
villes voisines. Au moins dans ses traits généraux, car ces communes ont
gardé des spécificités locales, composant ainsi une grande et merveilleuse
mosaïque. Fait remarquable, les traditions gastronomiques palermitaines
peuvent se retrouver dans les petits et dans les grands restaurants de la
ville, ainsi que dans ce que l’on appelle la “cuisine de la rue”.
Toutefois, quelques-unes d’entre elles sont uniquement vivantes dans les
maisons privées. Objet d’attention et de respect, elles se transmettent de
mère en fille, jalousement gardées dans toutes leurs variantes et dans leur
diversité, expressions extraordinaires d’une fierté et d’une singularité qui
résistent à l’uniformisation. Il est certain qu’un voyage, même bref, à
travers les saveurs de Palerme ne peut que prendre la forme d’un tour
étonnant entre les Grecs et les Romains, les Arabes et les Normands, les
Angevins et les Espagnols, pour ne citer qu’une partie de tous les peuples
qui ont abordé dans l’île, comme dominateurs ou colons. Ils y ont laissé,
comme témoignage de leur passage, non seulement des œuvres d’art, mais aussi
des usages alimentaires et gastronomiques. Au cours des siècles, ces
derniers, en se croisant et en se mélangeant, ont rendu la gastronomie de
cette cité et de la Sicile tout entière extraordinaire, unique et
incomparable. Les sociologues et les anthropologues s’accordent sur la
célèbre affirmation de Claude Lévi-Strauss selon laquelle la cuisine est le
trait le plus résistant de l’identité d’un peuple. Ce qui veut dire que l’on
perd plus facilement dans le temps les codes linguistiques que les codes
alimentaires. Ce qu’on peut remarquer en effet si l’on observe que, parfois,
certaines familles émigrées, après des années d’éloignement,
ont souvent oublié leur langue maternelle, mais
gardent toujours des coutumes alimentaires ancestrales
C’est
le royaume de “la cuisine de la rue”, qui renvoie à la fois à la tradition
arabe et aux villes grecques de la Sicile. Là où, il y a plus de deux mille
ans, les passants étaient attirés dans le Thermopolion, c’est-à-dire dans la rue.
DANS
LA RUE
On ne
saurait imaginer un voyage à Palerme sans faire une “plongée” dans ses
marchés historiques qui sont le Capo, la Vucciria, le
Ballaró et
le Borgo Vecchio. Des étalages débordant
de fruits, de poissons, de viande, de dattes, de noix, d’escargots et de
tout ce que l’on pourrait désirer. Mille couleurs et mille parfums, tantôt
sucrés, tantôt âpres ou épicés ; des voix grinçantes, chantantes ou rauques
; un kaléidoscope humain impressionnant, qui rappelle les souks de Tunis ou
de Fez. Un lacis de ruelles, d’impasses, de passages étroits où la lumière
du soleil a du mal à pénétrer. C’est le royaume de “la cuisine de la rue”,
qui renvoie à la fois à la tradition arabe et aux villes grecques de la
Sicile. Là où, il y a plus de deux mille ans, les passants étaient attirés
dans le Thermopolion, c’est-à-dire dans
la rue, par des légumes cuits, des viandes bouillies et rôties, des poissons
frits et d’autres plats tout prêts. Palerme n’a jamais été sous la
domination grecque, mais elle entretenait des échanges avec ces villes et
semble en avoir importé certaines coutumes.
Dehors, donc, on peut
goûter des mets comme a frittula, restes
de parties grasses d’animaux frits que le frittularu
garde au chaud dans un grand panier couvert d’un tissu. Servi
directement dans les mains de l’acheteur sur du papier huilé, bien poivrée,
a frittula peut aussi se manger avec un
sandwich croustillant. A manger sur place encore, ou à servir en salade,
une fois emporté à la maison : u mussu et
u masciddaru. Il s’agit de pieds et de
cartiages de tête du veau qui sont saupoudrés de sel et arrosés de citron.
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Mais le temple de cette gastronomie est la friggitoria, la friterie, un endroit souvent très petit qui
propose à ses clients de tous les âges et de toutes les classes vues de
roues, dont les conducteurs tendent aux passants, après l’avoir retiré
d’un rayon luisant, u
sfinciuni, une sorte de pizza très
succulente, préparée avec des oignons, des anchois et du fromage
caciocavallo. Un filet d’huile et… c’est
parti ! Sur d’autres étalages, fixes et en marbre cette fois, beaucoup de
poulpes, grands et petits, sont placidement allongés. Ils seront plongés
pendant quelques minutes dans un grand chaudron posé sur un feu improvisé
que u purparu – ainsi s’appelle notre,
disons, professionnel de la matière – manie allégrement, avec une troublante
désinvolture. Le poulpe bouilli est une véritable merveille, que l’on décide
d’en goûter les tentacules musculeux pour les plus gros d’entre eux qui
sont presque des pieuvres, ou que l’on souhaite déguster les poulpes de
roche, petits et délicats. Il faut les essayer avec un peu de citron, ou
bien au naturel, comme nous le suggérons. Pour les plus courageux et
entreprenants, notre purparu va
préparer
la tête
du poulpe toute seule, encore remplie de son encre et d’une substance
gélatineuse, d’une succulence sans pareille. Un véritable régal à tester
vigoureusement et sans hésitation ! Notre “voyage gourmand dans les
entrailles du monde” nous conduit maintenant à l’un des piliers de la
gastronomie “pauvre” de Palerme : u pani
ca’ meusa, le
pain avec la rate, que les “vrais” Palermitains aiment profondément. On
peut le trouver sur ces mêmes étalages improvisés, au marché, mais aussi
dans d’autres lieux du centre historique, dans des endroits précis, souvent
très beaux et chargés d’histoire. C’est un plat fort qui se compose de rate
(a’ meusa), de petits bouts d’œsophage (cannilicchia),
de pièces de viande qui ceinturent ce dernier (u scannaruzzaru) et de poumon (u
prumuni).
Cuit dans le saindoux bouillant, à l’intérieur de chaudrons, ce mélange est
servi dans des sandwichs spéciaux, très doux, au sésame, ou bien dans la mezza
mafalda, un pain local. Si l’on désire
la déguster dans sa version avec ricotta et fromage, on l’appellera
maritatu, c’est-à-dire “marié” ; si on le
préfère au naturel, l’appellatif sera schiettu,
simple ou “single”. Les Palermitains aiment l’accompagner de bière
bien fraîche ou d’une boisson pétillante, sucrée et aromatisée, que tout le
monde appelle passito ou
spuma. Pour compléter le tableau de la
cuisine que l’on appelle “de la rue” parce qu’on ne peut, justement, la
trouver que dans la rue et dans les marchés (et il en est ainsi car les
Palermitains la savourent à n’importe quelle heure, en dehors de leur
maison, notamment lors des pauses du travail), il faut aussi parler de la
rosticceria, la rôtisserie. On va
découvrir là un cortège interminable de calzoni,
de ravazzate, d’iris, de
spiedini, de ciambelle, de
cartocci, d’arancini
et d’autres merveilles encore, que les habitants de Palerme consomment
surtout le matin. C’est une fête du salé et du sucré. Des nourritures qui
sont tantôt frites, tantôt cuites au four, farcies de viande ou de ricotta
sucrée, et dont les limites sont déterminées par la seule
fantaisie des rôtisseurs, qui n’en manquent pas ! Un jour, il faudra bien
écrire un traité sur cette sorte de cuisine, où l’on peut identifier,
au-delà de l’appartenance à l’une ou l’autre période historique, un
dénominateur commun : c’est la “gastronomie du pain”, de la farine,
élaborée de plusieurs manières afin de créer des mets de plus en plus riches
et complexes, appétissants et parfumés. Une fois de plus l’on voit se
déployer la grande créativité de la cuisine pauvre, qui utilise le seul
aliment disponible, le meilleur marché qui soit. Avec le temps, la farine va
s’enrichir de viande, de ricotta, de petits pois et même, plus
récemment, de jambon. Toutes ces préparations peuvent se trouver aisément,
dans les endroits prévus à cet effet, les rosticcerie, mais aussi dans les pâtisseries, où elles offrent un
choix alternatif ou complémentaire aux gâteaux sucrés.
CHEZ LES ROIS
A partir
de 827, année de l’arrivée de la première tête de pont arabe, jusqu’à la
date fatidique du 12 mai 1860, jour où Garibaldi et ses Mille débarquèrent à
Marsala, l’histoire tumultueuse de la Sicile connaît le passage plus ou
moins heureux des Arabes, des Normands, des Angevins, des Aragonais
d’Espagne, des Piémontais, des Autrichiens et, enfin, jusqu’en 1860, des
Bourbons. Ce fut une période très longue, comprenant beaucoup de faits
guerriers, de combats sanglants et meurtriers.
En ce qui
concerne la cuisine, relevons d’abord l’influence des Arabes qui
introduisent les pistaches, le jasmin, la cannelle, le safran, le riz, la
canne à sucre et le sorbet, l’ancêtre des glaces. De la période normande, on
retiendra le fait que Frédéric II, Stupor
Mundi, tout en étant très frugal, aussi bien
pour manger que pour boire, exigeait des cuisiniers de sa cour des viandes,
des poissons et des produits frais, très frais même, ainsi que toutes les
variétés de fruits. Symbolisant son pouvoir et sa puissance, le banquet de
l’empereur devait rassembler tous les caractères de quantité, de qualité et
de finesse. Les Espagnols qui ont gouverné la Sicile pendant plusieurs
siècles nous ont laissé le souvenir d’une vie de cour redondante, baroque,
opulente. Sur le plan culinaire, cela se traduisait par une gastronomie on
ne peut plus riche et diversifiée. Les tables des vice-rois et des nobles
regorgeaient de toutes sortes de mets. Pendant la domination des Bourbons,
notamment après la Révolution française, les Monsù,
version sicilienne du “Chef”, arrivent à Palerme. La noblesse se dispute ces
cuisiniers raffinés qui introduisent des sauces inconnues, réinterprètent de
vieilles recettes ou en inventent des nouvelles, et qui sont, pour ceux qui
ont la chance d’en avoir dans leurs palais, le signe d’une distinction
extrême.
Pendant
la domination des Bourbons, notamment après la Révolution française, les
Monsù, version sicilienne du “Chef”,
arrivent à Palerme.
Si les
plats que nous allons à présent détailler proviennent des uns ou des autres
occupants successifs de la Sicile, ils sont surtout le résultat d’une
stratification, et leur analyse ne permet que rarement, à cause des mille
variantes accumulées, de leur attribuer une période historique sûre. Un plat
classique, bien connu des gourmets, est la pasta
con le sarde, les pâtes avec des sardines, confectionnées avec des
bucatini (des gros spaghetti
troués), du fenouil de montagne, des raisins secs, des pignons et des
sardines – délicieuses ici à Palerme – dont on aura préalablement retiré
l’arête centrale. Le tout prend une couleur dorée en y ajoutant du safran.
Ce met, attribué à un général arabe qui, assiégé, dut s’ingénier pour
nourrir ses troupes, peut aussi être préparé au four et se manger froid, ou
encore avec de la sauce tomate, coutume dédaignée par les vrais
Palermitains. L’analyse du célèbre timballo
di maccheroni, nous réserve bien des
surprises. Il s’agit d’une timbale de pâtes, où les macaronis eux-mêmes, les
entrailles de poulet, des champignons et d’autres ingrédients forment un
ensemble singulier qui est cuit au four, après avoir été mis dans un plat
revêtu avec de la pâte brisée. Tout en étant attribué à la cuisine des
Monsù, il se rapproche beaucoup, par ses
ingrédients, et par la technique de son revêtement (pâte en haut et en bas),
du timballo di pollo
nel pane, la timbale de poulet
dans le pain de Mohamed Ibn Timna, émir qui fut au pouvoir autour de l’an
1000. Quoi qu’il en soit, c’est un plat délicieux, mais, malheureusement, on
ne pourra le goûter que dans les maisons particulières où lors de réceptions
d’un très haut niveau. Des traditions agricoles et pastorales de l’intérieur
de la Sicile, il nous reste le cacio à
l’argentiera, recette que beaucoup de gens
attribuent à un orfèvre palermitain (argentiere).
On met dans une poêle des tranches caciocavallo
avec de l’origan et du vinaigre. Après quelques minutes, on aura un
ragoût très savoureux et très parfumé : un bonheur pour le palais ! La
caponata di melanzane
est un plat très connu. L’on pourra remarquer la
souplesse de ses emplois : elle peut être, à la fois, un hors-d’œuvre
alléchant, une garniture ragoûtante, ou un plat unique savoureux. Son nom
dériverait du latin cauponae, les
tavernières romaines qui mettaient tout en œuvre afin que les clients les
plus timides et les plus réticents entrent dans leurs locaux. D’autres font
référence au capon, ce biscuit qui remplaçait le pain des marins
espagnols pendant leurs navigations. D’autres encore soutiennent que cette
dénomination est liée au fait qu’autrefois le cappone, le grondin, faisait partie de ses principaux
ingrédients. Les Monsù en ont
laissé des variantes somptueuses, avec du homard, des mollusques et, même,
avec du chocolat noir. La version actuelle prévoit, en principe, des
aubergines (melanzane), des câpres, des
olives, du céleri, du vinaigre et du sucre, qui donnent lieu à un plat au
goût inimitable, à un jeu subtil de couleurs, de parfums et de saveurs.
Amusant, dans son nom même, on trouve ensuite le falsomagro o
brociolone, un
met dont la farce, très riche, est composée de caciocavallo, de saucisson, d’œufs et d’autres ingrédients. Il
appartient à la cuisine noble mais il a des racines paysannes, même si
certains le rattachent à la tradition française. C’est un plat bien pourvu
en calories – un faux-maigre donc, comme le dit
son nom ! – très savoureux et très appétissant. La sardine est un poisson
que l’on pêche abondamment. Dès l’Antiquité, elle est très répandue, auprès
de toutes les classes sociales, et très appréciée. On peut manger les
sardines a purpetti, c’est-à-dire sous
forme de boulettes (purpetti)
confectionnées après avoir transformé en purée le poisson dont on aura
retiré les arrêtes. On pétrit sa chair avec de la chapelure, du persil, des
œufs, du fromage, du sel, de poivre, de l’huile et, parfois, avec des
raisins secs et des pignons. Ces tendres boulettes deviendront plus
savoureuses encore une fois cuites dans de la sauce de tomate. I
sardi a beccaficu
est le nom des sardines farcies, car elles rappellent le becfigue (beccafico),
un oiseau qui raffole de figues et qui, en été, en mangeant beaucoup de ces
fruits succulents, devient gras et bedonnant. D’où l’expression : “Il est
gras comme un becfigue”, qui est encore d’usage courant pour désigner un
homme replet. Une farce délectable à base d’anchois, de laurier, de raisins
secs et de pignons est posée sur une sardine privée de ses arêtes et ouverte
comme un livre. Il faudra, ensuite, enrouler la sardine sur elle-même. Il
existe aussi une autre version, où deux sardines, entre lesquelles on aura
inséré la farce, sont superposées et liées entre elles. L’ensemble, après
avoir été passé au four ou doré dans une poêle, doit être servi froid. La
cuisine du thon et de l’espadon, poissons savoureux et nourrissants, renvoie
à des usages très anciens. On ne peut pas rater le ragù di
tonno, le ragoût de
thon, dont la chair mijote longtemps dans une sauce de tomate agrémentée
d’ail et de menthe. Il faut le servir bien chaud. Appartenant à une époque
plus récente, les involtini di
pesce spada alla
brace, rouleaux d’espadon à la braise, ont
un goût à la fois intense et délicat. On peut en trouver partout en Sicile,
mais il en existe des variantes plus anciennes dans la région de Messine, où
on les prépare en sauce, alla ghiotta, à
la gourmande. Et pour finir, il faut absolument essayer les spaghetti ai
ricci di mare, avec les œufs, très colorés
et vraiment délicieux, des oursins : un plat extraordinaire, très à la mode
et fort prisé à Palerme.
La
pâtisserie palermitaine, résultat de l’entassement de plusieurs siècles
d’histoire, nous permet de découvrir un peuple mieux qu’un traité de
sociologie ou d’anthropologie culturelle.
AU PARADIS
On ne
saurait conclure ce voyage gastronomique à travers la cuisine de la capitale
de la Sicile sans évoquer sa grande tradition pâtissière. La pâtisserie
palermitaine n’a rien à envier aux autres pâtisseries du monde. Harmonieuse
dans ses formes, riche en couleurs et en saveurs, fastueuse, luxuriante,
extrêmement parfumée, voilée par une mollesse orientale, elle est le miroir
d’une culture hétérogène, complexe et aux influences contradictoires. Et,
pour cela même, vivante, pleine de fantaisie, imprégnée de joie de vivre.
Résultat de l’entassement de plusieurs siècles d’histoire, elle nous permet
de découvrir un peuple mieux qu’un traité de sociologie ou d’anthropologie
culturelle. D’un point de vue historique, la pâtisserie palermitaine est
alimentée par trois courants. Le premier est celui des monastères, où les
religieuses cloîtrées préparaient, avec amour et dans la grâce de Dieu, des
gâteaux hors du commun qui nous ont été en partie transmis. Le second
courant est à relier au milieu paysan, où les femmes avaient la coutume de
préparer des gâteaux à l’occasion de célébrations religieuses ou d’événements
marquant les cycles de la vie, la naissance, la première communion, le
mariage… Le dernier courant, le plus récent, est lié aux célèbres pâtissiers
suisses – Caflisch, Rageth
et Koch, pour n’en citer que quelques-uns qui, arrivés en Sicile en 1800,
apportèrent de la finesse et de l’élégance à la tradition locale.
Mais il
est préférable de ne pas en manger durant la saison estivale, car la
ricotta, qui entre dans la composition de la crème dont le
cannolo est farci, ne supporte pas la chaleur.
La
pasta reale,
comme on appelle ici la pâte d’amandes, est aussi dénommée
frutta di Martorana, fruits de
Martorana. Elle
doit sa renommée à la beauté de ses couleurs et de ses formes qui rappellent
celles des fruits, des poissons et des pains. On raconte qu’elle est née au
sein du monastère palermitain de la Martorana, à
l’occasion de la visite d’un important prélat. Afin d’accueillir dignement
leur hôte, les religieuses, sans doute inspirées par le Ciel, décidèrent de
garnir les arbres dépouillés d’agrumes de leur jardin avec des gâteaux
façonnés en forme d’oranges, de citrons et de mandarines. Le cardinal
demeura en extase, et le monde reçut en don la frutta di
Martorana. Le
Buccellato, appelé u
cucciddatu en dialecte, est un gâteau
régional de tradition paysanne qui marque la fête la plus importante de
l’année : Noël. Il en existe plusieurs versions qui ont, toutes, la forme
d’une couronne. L’extérieur est pétri avec de la farine de blé dur, du
sucre, du beurre et des œufs. La farce comprend des figues sèches, des noix,
du chocolat, des amandes grillées, des raisins secs, de la cannelle, des
clous de girofle, de la confiture de courge, appelée
cucuzzata ou zuccata,
des zestes d’orange et d’autres ingrédients encore. Une demi-heure au four
et le miracle, hautement calorique, est prêt. Les gâteaux à la crème et à la
crème fraîche constituent l’apport relativement récent des pâtissiers
suisses : génoises à la crème, gâteaux et tartes aux fruits, choux à la
crème fraîche et beaucoup d’autres préparations ont bénéficié de leur douce
influence. La tradition glacière est, elle aussi, très importante. Elle
propose des parfums comme le jasmin, la cannelle et de multiples variétés de
fruits qui distinguent les glaciers de Palerme comme de véritables
“magiciens du goût”. Pour finir en beauté, il faut évoquer les deux gâteaux
de Palerme les plus connus. Le cannolo
tout d’abord. Gâteau du carnaval à l’origine, il est désormais présent
toute l’année. Il se compose d’une enveloppe croustillante, a
scuorza, et d’une crème à la base de ricotta
mélangée avec du sucre, de la vanille et de la cannelle, des
fruits confits et des écailles de chocolat noir. Un véritable régal qui fait
le bonheur des Palermitains de tous les âges. Et puis surtout, le gâteau
célèbre entre tous, la cassata
siciliana, mérite une mention particulière.
De tradition arabe, il fut sûrement enrichi et embelli durant la période
espagnole. Bien plus qu’un simple gâteau, il s’agit d’un miracle de beauté
et d’harmonie de saveurs. De la ricotta, de la liqueur, du biscuit,
du chocolat, de la cannelle, mais encore de la pâte d’amandes et des fruits
confits, contribuent à rendre cette tarte éclatante, rutilante et bariolée.
Poème des yeux, triomphe de la gorge, volupté d’Orient, beauté effrénée
teintée d’érotisme, tout cela et plus de choses encore s’incarnent dans ce
gâteau qui est le symbole même de Palerme, ville aux saveurs multiples et
aux goûts étonnants.
Autor: Nino Aiello
·
Nino
Aiello, juriste et expert en relations
publiques, se consacre avec passion depuis plusieurs années à une intense
activité journalistique, comme critique gastronomique et œnologique. Il
collabore à diverses publications, parmi lesquelles L’Espresso,
La Repubblica et le Guide des Vins italiens de Slow
Food et Gambero
Rosso. Enfin, il aime le vin et considère ceux qui ne boivent pas d’alcool
comme des gens malheureux… !
Traducción: Deborah Puccio
El engaño siciliano
Pirandello, Lampedusa, Sciascia y Bufalino son
los nombres más celebrados de la compleja y singular literatura surgida en la
isla de Sicilia. Vlady Kociancich revisa el vínculo de estos escritores con su
lugar natal y detecta en sus obras, tan distintas unas de otras, aquello que las
une.
En uno de los paisajes más bellos de Sicilia, en una redonda plazoleta
del camino que circunda a Giardini-Naxos, hay un monumento que recuerda el
arribo de los primeros griegos en el siglo VIII a.C. Una figura envolvente y
alada agradece en el texto a sus pies el mejor legado que Sicilia recibió de
Grecia: la libertad y la democracia. Las palabras son emocionantes; la Historia
las desmiente. Salvo alguna efímera excepción, estimulada por la ambición
política ateniense, la Sicilia de la Antigüedad sólo conoció tiranos y en el
sentido violento y cruel del término. En cuanto a la libertad, esta isla
condenada a la opresión, al despojo y al abuso que sufren todas las colonias
quedaría en promesas incumplidas, en un deseo sofocado por el peso de distintos
poderes extranjeros, por la carga de una resignación que poco a poco se irá
encauzando en un escepticismo natural y en una creencia que se arraiga con cada
inevitable derrumbe de ilusiones: la fatalidad.
Irónicamente, ilustrando ese silencio o reticencia que es el rasgo más acentuado
de una "tierra de luz y de duelo", como la llamó Gesualdo Bufalino, la figura
alada omite la verdadera y rica herencia griega que perdura hasta hoy: la del
arte, en sus templos milagrosamente conservados pese a la furia de las guerras y
de los volcanes; la de un tesoro de mitos y leyendas y, sobre todo, ante todo,
el gran legado de una curiosidad intelectual y metafísica que recorre una
historia tan escarpada como el viaje de Ulises por sus costas, una historia tan
misteriosa y fascinante como el canto de las sirenas que sólo él escuchó.
En el transcurso de los siglos, en la sucesión de invasores que fueron dejando
su marca cultural en esta codiciada isla estratégica -fenicios, griegos,
romanos, árabes, españoles, franceses-, nunca se borraría del todo la huella
literaria de Ulises. Cómo no percibir en la obra de autores sicilianos esa
soledad y ese carácter obsesivamente inquisitivo, la siempre riesgosa
exploración de las apariencias del mundo, la denuncia del engaño y su venenosa
magia de Circe, la desesperante y terca búsqueda de la verdad en una trama de
mentiras, la necesidad de un equilibrio entre la belleza y el horror, la
racionalidad y el delirio, la luz de la vida y la oscuridad de la muerte. Y la
inevitable amargura.
Hijo del caos
"Pienso que la vida es una triste bufonada, ya que tenemos en nosotros, sin
poder saber ni cómo ni por qué ni de quién, la necesidad de engañarnos
continuamente con la espontánea creación de una realidad (una para cada uno y no
siempre la misma para todos) que de tanto en tanto se descubre vana e ilusoria".
Quien escribió estas líneas melancólicas es el famoso dramaturgo y narrador
italiano Luigi Pirandello, nacido en Agrigento, Sicilia, una noche de junio de
1867, en una apartada campiña llamada Caos, donde sus padres se habían refugiado
de la epidemia de cólera que azotaba el país. "Literalmente hijo del Caos", como
apunta en un fragmento de su autobiografía, provenía de una familia rica, dueña
de una de esas minas de azufre cuyas miserias de explotación y de explotados
denunciaría otro escritor siciliano, Leonardo Sciascia.
A los veinte años, Pirandello se trasladó a Roma para seguir la carrera de
Letras y luego a Bonn, donde se graduó. En 1894 se casó con Antonietta
Portulano, quien le daría tres hijos. En esa vida de mediana apacibilidad
burguesa, entre estudios y clases, Sicilia se alejaba y se estilizaba en la
imagen de un pino solitario recortado en el azul del mar, (uno de los pinos
sarracenos de Caos bajo el que pediría ser enterrado), hasta que en 1903, esa
realidad dio un vuelco al precipicio de una pobreza antes inconcebible y a la
locura que sería el tormento y la inspiración de su obra. La mina de azufre se
desmoronó y con ella la fortuna paterna y la dote de su mujer. Antonietta leyó
la carta que anunciaba el desastre y perdió la razón. Un infierno de celos
paranoicos se instaló en la casa; otro, fuera de ella: la imposibilidad de
mantener una familia y pagar a los médicos que atendían a su esposa.
La única salida, resolvió Pirandello, era suicidarse. La duda o la repugnancia
de la muerte le impusieron una postergación. En ese umbral oscuro, empezó a
escribir sin un respiro para ganarse la vida, literal y frenéticamente,
colaborando en revistas, publicando relatos. No necesitaba salir en busca de
materiales de ficción. Estaban en él, en la memoria bien guardada de una patria
que parecía haberse diluido en los tramos de Bonn y de Roma y que ahora resurgía
con toda su fuerza, mezclando y uniendo los elementos de la tradición siciliana
con los de su drama personal, alquimia literaria que daría al mundo una versión
de la existencia atravesada por la imposibilidad de aferrar una sola verdad, una
sola certeza de su realidad y de la nuestra que nos consuele del hecho de ser
nada más que una partícula del caos, títeres del azar pendiendo de hilos
invisibles.
La realidad dislocada
Es por azar que en mi viaje a Sicilia en 1997 me alojo en este hotel de Giardini-Naxos,
en las proximidades de Taormina. Alguna vez fue una villa espléndida,
construida junto al mar, al que parece deslizarse en jardines, luego en rocas,
luego en un azul violáceo, en las puestas de sol cuando el mar toma el color del
vino, como el título de uno de los mejores cuentos de Sciascia. Hay voluptuosos
querubines de piedra entre arbustos de igual desmesura, sin espacio entre sí, un
barroco que convive con el folclore siciliano como el infaltable carrito de
madera fileteado con arabescos y figuras multicolores, antecesor de los viejos
carteles y viejos colectivos de Buenos Aires, una artesanía popular que evoca el
arte de la iluminación medieval de los libros. Y hay, para mi asombro, un
ascensor que parece hecho por Pirandello para ilustrar su concepto de una
realidad dislocada.
Mi habitación está en el cuarto piso. El antiguo ascensor sube lentamente. Tiene
puertas de reja, así que puedo ver el hall de cada piso y los veo, tan incrédula
que cuando llego al mío no salgo, aprieto el botón de descenso, subo otra vez.
Cada palier está amueblado como la sala de una casa de familia. Mesa, sillas, un
aparador, lámparas, cuadros, jarrones y carpetas. Sólo falta la gente. Pero no
es la misma gente, ni el mismo gusto, que ha decorado sin vivirlas estas
estancias fugaces que se ven desde un ascensor. Los cuatro planos de una
imaginaria vida doméstica difieren como cuatro vidas sueltas, desde el lujo de
una araña de caireles sobre mesa y sillas Luis XV, hasta la rusticidad de la
madera campesina y sus toques ingenuos, pasando por la severidad conventual de
paredes caleadas y sin adorno alguno.
No sé por qué esta excentricidad del hotel en vez de divertirme me acongoja.
Salgo al balcón y miro el mar, tan sereno y profundo. Y ahí, tardía y
caprichosamente, recuerdo que la primera pieza de teatro que leí o me leyeron, a
los diez u once años, fue Seis personajes en busca de autor, la más
original y aplaudida de las obras de Pirandello. Uno de mis tíos era actor de un
teatro independiente y cuando yo estaba enferma venía a distraerme, en traje de
escena y maquillado, recitando pasajes, explicándome un argumento. Ignoro qué
pude entender a esa edad, pero nunca olvidé el impacto de una máscara con
lágrimas de pintura negra y lo que me pareció aún más deslumbrante que las
metamorfosis de los cuentos de hadas: una familia que hablaba, discutía, sufría,
pero que no existía y que rondaba eternamente el teatro donde actuaba mi tío,
pidiendo que la representaran. Hoy me pregunto si el problema de la identidad,
la percepción de una realidad fragmentaria, la eterna búsqueda de un Autor que
repare las grietas del espacio y del tiempo en donde cae la frágil vida humana,
tan presente en la literatura argentina del siglo XX, no llegó aquí a partir de
esa voz de la literatura italiana.
Asomada al balcón del hotel, interpreto mi desazón como un eco de estas palabras
de Pirandello: "La verdadera soledad está en un lugar que vive por sí mismo y
que para nosotros no tiene huellas ni voz, y donde por lo tanto el extraño eres
tú". Sicilia siempre ha vivido por sí misma.
Construir teorías
"Soy una persona que está muy sola. De mis dieciséis horas de vigilia cotidiana
al menos diez las paso en soledad. Y no presumo de leer todo el tiempo. Me
divierto construyendo teorías", confiesa Giuseppe Tomasi di Lampedusa, autor de
una sola novela, El Gatopardo . En la modestia y la tristeza de esta
confesión, hecha como al pasar y sin tomarse en serio, uno podría resumir no
sólo la conciencia del aislamiento sino el orgullo de una literatura que nace
entre cuatro paredes que dan al mar.
"Construyendo teorías" es una frase que Leonardo Sciascia (1921-1989), acérrimo
crítico de Lampedusa en el momento de la publicación de El Gatopardo ,
quien tendrá el coraje de retractarse años después, admitiendo la lucidez de esa
visión amarga de Sicilia, podría haber escrito para definir la arquitectura
intelectual de sus novelas policiales, la investigación histórica que sustenta
libros como El archivo de Egipto o los admirables ensayos de Crucigrama
. Como "una isla en una isla", se definió a sí mismo Gesualdo
Bufalino, autor de Las mentiras de la noche , espléndida novela que
transcurre, al igual que sus cuentos, entre un sueño nocturno y una vigilia que
es apenas una "verosimilitud" de la vida. Descubierto por Sciascia, Bufalino
(1920-1996) emergió en la vejez a la celebridad internacional, desde un
escondido pueblo, Comiso, que nunca dejó. Ahí estaban su biblioteca y su pasado
y ahí murió, en un accidente de ruta, no antes de lamentarse de que la fama lo
hubiera arrancado de la paz de su largo anonimato.
"Leer todo el tiempo" es una condición que reúne a estos escritores y los define
en el ámbito de la soledad, que recoge una costumbre siciliana de lecturas
exclusivamente privadas que durante siglos ha fluido entre invasiones, guerras y
catástrofes naturales como un río en un estrecho y zigzagueante cauce de piedra,
sin perder su frescura. Son lectores sus personajes, son personajes los libros
que citan. La literatura siempre está presente, sombra o luz, en sus ficciones,
como lo están el paisaje, la gente, el mar y el sol de una tierra que aun pasada
por el tamiz de la escritura no dejará de parecerles inasible y extraña.
En el ámbito novelesco de esta isla, donde desde siempre convergen la aventura,
el melodrama, el policial, el costumbrismo y el humor, uno de sus autores más
singulares es Giuseppe Tomasi (1896-1957), príncipe de Lampedusa, último
descendiente de una familia poderosa que llegó a la isla en el siglo XVI y fue
dilapidando su fortuna en una mezcla suicida de lujos sin fin, de pereza y de
renuncias místicas. En la infancia del escritor ya no quedaba más que una
interminable lista de títulos de nobleza, un palacio en Palermo (destruido por
un bombardeo en 1943) y otro en Santa Margarita de Belice, donde los Tomasi
pasaban los veranos, que inspiraría el esplendor de Donnafugataen El
Gatopardo .
Esos veranos de la niñez de Lampedusa, hijo único, tan suelto en la molicie de
la familia que sus padres sólo descubrieron que no sabía leer cuando cumplió
ocho años (una campesina del lugar le enseñó en pocos días), transcurrieron en
la magnífica biblioteca de aquel palacio. La lectura como juego y sin otro
propósito que el placer se convertiría en su más leal acompañante. Escribir,
como trabajar, estaba fuera de la consideración del mundo aristocrático en que
se había criado, pero no su curiosidad intelectual y su amor por la literatura.
El azar intervino en 1954, cuando su primo Lucio Piccolo ganó, con un excelente
libro de poemas que había enviado a Eugenio Montale, una invitación a un
congreso de escritores en el norte de Italia. Lampedusa lo acompañó. Un año
después le anunció a un amigo: "Estoy matemáticamente seguro de no ser más tonto
que Lucio. Así que me he sentado a mi escritorio y he escrito una novela". La
novela era El Gatopardo . El material que utilizó (la memoria de sus
ancestros, tan pródiga en personajes y lugares extravagantes, parte de la
memoria de Sicilia) fue investigado y observado durante medio siglo de esas
lecturas y teorías en soledad, en un ocio aparente. Aparente también la
nostalgia del poder de la nobleza desterrada. El mundo que describe el El
Gatopardo , con sus duques y príncipes, sus fastuosos palacios y su
inconmensurable soberbia encarnada en el protagonista, es tanto una denuncia de
la hipocresía y la rapacidad de la burguesía que surgía en 1860 como de la
corrupción y la ineptitud de la aristocracia a la que pertenecía Lampedusa. El
tema de fondo es la traición a la verdad y sus terribles consecuencias.
El engaño, la necesidad del engaño o su fatalidad, gira en la obra de Lampedusa,
de Pirandello, de Sciascia y de Bufalino como la Trinacria, el antiguo emblema
de Sicilia, la cabeza de Medusa con su extraña sonrisa de burla. Autores tan
dísimiles en su vida y sus libros coinciden en el mismo luto por la fugacidad de
la vida humana, por la pérdida de la verdad a cambio de ilusiones insostenibles.
Coincidieron también en ser parte de la mejor literatura de su patria.
Por Vlady Kociancich Para LA NACION - Buenos Aires, 2006
La sombra del Gatopardo
El destino de El Gatopardo, en vida de Lampedusa, parece ilustrar la
desesperanza y la irritación ante el capricho de la suerte que impregnan las
páginas del libro. Enviado el original a la editorial Mondadori en 1956, fue
rechazado por su asesor, el novelista siciliano Elio Vittorini. En 1957, se
mandó una copia a la hija de Benedetto Croce, agente literaria, que no la leyó
ni respondió. Un librero amigo de Lampedusa hizo llegar otra a Vittorini, quien
además de asesorar a Mondadori dirigía la editorial Einaudi. En esos meses de
espera, a Lampedusa le diagnosticaron un cáncer de pulmón. Internado en una
clínica de Roma, recibió la carta con la segunda respuesta de Vittorini.
Un rechazo definitivo que incluye una humillante lista de defectos: lenguaje
anticuado, desequilibrio argumental, abuso de lo ensayístico. Esa carta le llegó
a Lampedusa el 18 de julio, mientras corregía “El baile”, uno de los capítulos
magistrales de la novela. “Como reseña no está nada mal”, comentó irónicamente.
Murió pocos días después, el 23 de julio.
El Gatopardo se hubiera perdido sin una nueva intervención de la casualidad.
Elena Croce encontró el ya polvoriento original que había dejado en la portería
de la sede del Partido Republicano en Roma, le echó un vistazo, recordó que el
novelista Giorgio Bassani dirigía una colección de escritores contemporáneos en
la editorial Feltrinelli y, como no vio el nombre del autor bajo el título, se
lo envió comentando despectivamente que debía de ser la obra de alguna vieja
solterona siciliana. Bassani leyó las primeras páginas y quedó deslumbrado por
la historia y por el lenguaje. El Gatopardo se publicó y el éxito de la novela
fue arrollador e inmediato.
Pocos días antes de su muerte, a pesar de esos rechazos contundentes, Lampedusa
había dejado bien en claro, por escrito, su negativa a invertir un solo centavo
en la edición del libro. Prefirió que el azar se hiciera cargo. En esa última
voluntad, expresaba una fe que lo había sostenido a lo largo de toda su vida: la
fe en la literatura.
Il Decameron
Quarta Giornata Novella Quarta
Gerbino, contra la fede data dal re Guglielmo suo avolo,
combatte una nave del re di Tunisi per torre una sua figliuola, la quale uccisa
da quegli che su v'erano, loro uccide, e a lui è poi tagliata la testa. La Lauretta, finita la sua novella, taceva, e fra la brigata chi con un chi con
un altro della sciagura degli amanti si dolea; e chi l'ira della Ninetta
biasimava, e chi una cosa e chi altra diceva, quando il re, quasi da profondo
pensier tolto, alzò il viso e ad Elissa fe'segno che appresso dicesse, la quale
umilmente incominciò.
 Piacevoli donne, assai son coloro che credono Amor solamente dagli occhi
acceso le sue saette mandare, coloro schernendo che tener vogliono che alcuno
per udita si possa innamorare; li quali essere ingannati assai manifestamente
apparirà in una novella la qual dire intendo. Nella quale non solamente ciò la
fama, senza aversi veduto giammai, avere operato vedrete, ma ciascuno a misera
morte aver condotto vi fia manifesto.
Guiglielmo secondo re di Cicilia,
come i ciciliani vogliono, ebbe due figliuoli, l'uno maschio e chiamato Ruggieri,
e l'altro femina, chiamata Gostanza. Il quale Ruggieri, anzi che il padre
morendo, lasciò un figliuolo nominato Gerbino; il quale, dal suo avolo con
diligenza allevato, divenne bellissimo giovane e famoso in prodezza e in
cortesia.
Né solamente dentro a'termini di Cicilia stette la sua fama racchiusa, ma in
varie parti del mondo sonando, in Barberia era chiarissima, la quale in
que'tempi al re di Cicilia tributaria era. E tra gli altri alli cui orecchi la
magnifica fama delle virtù e della cortesia del Gerbin venne, fu ad una
figliuola del re di Tunisi, la qual, secondo che ciascun che veduta l'avea
ragionava, era una delle più belle creature che mai dalla natura fosse stata
formata, e la più costumata e con nobile e grande animo. La quale, volentieri
de'valorosi uomini ragionare udendo, con tanta affezione le cose valorosamente
operate dal Gerbino da uno e da un altro raccontate raccolse, e sì le piacevano,
che essa, seco stessa imaginando come fatto esser dovesse, ferventemente di lui
s'innamorò, e più volentieri che d'altro di lui ragionava e chi ne ragionava
ascoltava.
D'altra parte era, sì come altrove, in Cicilia pervenuta la grandissima fama
della bellezza parimente e del valor di lei, e non senza gran diletto né in vano
gli orecchi del Gerbino aveva tocchi; anzi, non meno che di lui la giovane
infiammata fosse, lui di lei aveva infiammato.
Per la qual cosa infino a tanto che con onesta cagione dallo avolo d'andare a
Tunisi la licenzia impetrasse, disideroso oltre modo di vederla, ad ogni suo
amico che là andava imponeva che a suo potere il suo segreto e grande amor
facesse, per quel modo che miglior gli paresse, sentire e di lei novelle gli
recasse. De'quali alcuno sagacissimamente il fece, gioie da donne portandole,
come i mercatanti fanno, a vedere; e interamente l'ardore del Gerbino apertole,
lui e le sue cose a'suoi comandamenti offerse apparecchiate. La quale con lieto
viso e l'ambasciadore e l'ambasciata ricevette, e rispostogli che ella di pari
amore ardeva, una delle sue più care gioie in testimonianza di ciò gli mandò. La
quale il Gerbino con tanta allegrezza ricevette, con quanta qualunque cara cosa
ricever si possa, e a lei per costui medesimo più volte scrisse e mandò
carissimi doni, con lei certi trattati tenendo da doversi, se la fortuna
conceduto lo avesse, vedere e toccare.
Ma andando le cose in questa guisa e un poco più lunghe che bisognato non
sarebbe, ardendo d'una parte la giovane e d'altra il Gerbino, avvenne che il re
di Tunisi la maritò al re di Granata; di che ella fu crucciosa oltre modo,
pensando che non solamente per lunga distanzia al suo amante s'allontanava, ma
che quasi del tutto tolta gli era; e se modo veduto avesse, volentieri, acciò
che questo avvenuto non fosse, fuggita si sarebbe dal padre e venutasene al
Gerbino.
Similmente il Gerbino, questo maritaggio sentendo, senza misura ne viveva
dolente, e seco spesso pensava, se modo veder potesse, di volerla torre per
forza, se avvenisse che per mare a marito n'andasse.
Il re di Tunisi, sentendo alcuna cosa di questo amore e del proponimento del
Gerbino, e del suo valore e della potenzia dubitando, venendo il tempo che
mandar ne la dovea, al re Guiglielmo mandò significando ciò che fare in tendeva,
e che, sicurato da lui che né dal Gerbino né da altri per lui in ciò impedito
sarebbe, lo 'ntendeva di fa re. Il re Guiglielmo, che vecchio signore era né
dello innamoramento del Gerbino aveva alcuna cosa sentita, non imaginandosi che
per questo addomandata fosse tal sicurtà, liberamente la concedette e in segno
di ciò mandò al re di Tunisi un suo guanto. Il quale, poi che la sicurtà
ricevuta ebbe, fece una grandissima e bella nave nel porto di Cartagine
apprestare, e fornirla di ciò che bisogno aveva a chi su vi doveva andare, e
ornarla e acconciarla per su mandarvi la figliuola in Granata, né altro
aspettava che tempo.
La giovane donna, che tutto questo sapeva e vedeva, occultamente un suo
servidore mandò a Palermo e imposegli che il bel Gerbino da sua parte salutasse
e gli dicesse come ella in fra pochi dì era per andarne in Granata; per che ora
si parrebbe se così fosse valente uomo come si diceva e se cotanto l'amasse
quanto più volte significato l'avea.
Costui, a cui imposta fu, ottimamente fe'l'ambasciata e a Tunisi ritornossi.
Gerbino questo udendo e sappiendo che il re Guiglielmo suo avolo data avea la
sicurtà al re di Tunisi, non sapeva che farsi; ma pur, da amor sospinto, avendo
le parole della donna intese e per non parer vile, andatosene a Messina, quivi
prestamente fece due galee sottili armare, e messivi su di valenti uomini, con
esse sopra la Sardigna n'andò, avvisando quindi dovere la nave della donna
passare.
Né fu di lungi l'effetto al suo avviso; per ciò che pochi dì quivi fu stato,
che la nave con poco vento non guari lontana al luogo dove aspettandola riposto
s'era sopravenne. La qual veggendo Gerbino, a'suoi compagni disse:
- Signori, se voi così valorosi siete come io vi tegno, niun di voi senza
aver sentito o sentire amore credo che sia, senza il quale, sì come io meco
medesimo estimo, niun mortal può alcuna virtù o bene in sé avere; e se
innamorati stati siete o sete, leggier cosa vi fia comprendere il mio disio. Io
amo, e amor m'indusse a darvi la presente fatica; e ciò che io amo nella nave
che qui davanti ne vedete dimora, la quale, insieme con quella cosa che io più
disidero, è piena di grandissime ricchezze, le quali, se valorosi uomini siete,
con poca fatica, virilmente combattendo, acquistar possiamo. Della qual vittoria
io non cerco che in parte mi venga se non una donna, per lo cui amore i'muovo
l'arme; ogni altra cosa sia vostra libera mente infin da ora. Andiamo adunque, e
bene avventurosa mente assagliamo la nave; Iddio, alla nostra impresa favorevole,
senza vento prestarle la ci tien ferma.
Non erano al bel Gerbino tante parole bisogno, per ciò che i messinesi che
con lui erano, vaghi della rapina, già con l'animo erano a far quello di che il
Gerbino gli confortava con le parole. Per che, fatto un grandissimo romore nella
fine del suo parlare che così fosse, le trombe sonarono; e prese l'armi, dierono
de'remi in acqua e alla nave pervennero.
Coloro che sopra la nave erano, veggendo di lontan venir le galee, non
potendosi partire, s'apprestarono alla difesa.
Il bel Gerbino, a quella pervenuto, fe'comandare che i padroni di quella
sopra le galee mandati fossero, se la battaglia non voleano.
I saracini, certificati chi erano e che domandassero, dissero sé essere
contro alla fede lor data dal re da loro assaliti; e in segno di ciò mostrarono
il guanto del re Guiglielmo e del tutto negaron di mai, se non per battaglia
vinti, arrendersi o cosa che sopra la nave fosse lor dare. Gerbino, il qual
sopra la poppa della nave veduta aveva la donna troppo più bella assai che egli
seco non estimava, infiammato più che prima, al mostrar del guanto rispose che
quivi non avea falconi al presente perché guanto v'avesse luogo; e per ciò, ove
dar non volesser la donna, a ricever la battaglia s'apprestassero. La qual senza
più attendere, a saettare e a gittar pietre l'un verso l'altro fieramente
incominciarono, e lungamente con danno di ciascuna delle parti in tal guisa
combatterono. Ultimamente, veggendosi Gerbino poco util fare, preso un legnetto
che di Sardigna menato aveano, e in quel messo fuoco, con amendue le galee
quello accostò alla nave. Il che veggendo i saracini e conoscendo sé di
necessità o doversi arrendere o morire, fatto sopra coverta la figliola del re
venire, che sotto coverta piagnea, e quella menata alla proda della nave e
chiamato il Gerbino, presente agli occhi suoi lei gridante mercé e aiuto
svenarono, e in mar gittandola dissono:
- Togli, noi la ti diamo qual noi possiamo e chente la tua fede l'ha meritata.
Gerbino, veggendo la crudeltà di costoro, quasi di morir vago, non curando di
saetta né di pietra, alla nave si fece accostare; e quivi su, malgrado di quanti
ve n'eran, montato, non altramenti che un leon famelico nell'armento di
giuvenchi venuto or questo or quello svenando prima co'denti e con l'unghie la
sua ira sazia che la fame, con una spada in mano or questo or quel tagliando
de'saracini crudelmente molti n'uccise Gerbino; e, già crescente il fuoco nella
accesa nave, fattone a'marinari trarre quello che si potè per appagamento di
loro, giù se ne scese con poco lieta vittoria de'suoi avversari avere acquistata.
Quindi, fatto il corpo della bella donna ricoglier di mare, lungamente e con
molte lagrime il pianse, e in Cicilia tornandosi, in
Ustica, piccioletta isola quasi a Trapani dirimpetto, onorevolmente il
fe'sepellire, e a casa più doloroso che altro uomo si tornò.
Il re di Tunisi, saputa la novella, suoi ambasciadori di nero vestiti al re
Guiglielmo mandò, dogliendosi della fede che gli era stata male osservata, e
raccontarono il come. Di che il re Guiglielmo turbato forte, né vedendo via da
poter lor giustizia negare (ché la dimandavano), fece prendere il Gerbino; ed
egli medesimo, non essendo alcun de'baron suoi che con prieghi da ciò si
sforzasse di rimuoverlo, il condannò nella testa e in sua presenzia gliele fece
tagliare, volendo avanti senza nepote rimanere che esser tenuto re senza fede.
Adunque così miseramente in pochi giorni i due amanti, senza alcun frutto del
loro amore aver sentito, di mala morte morirono, com'io v'ho detto.
El Decamerón
Cuarta Jornada Novela
Cuarta
Gerbino, contra la palabra dada al rey Guilielmo, su
abuelo, combate una nave del rey de Túnez para quitarle a una hija suya; y
matada ésta por los que allí iban, los mata, y a él luego le cortan la cabeza.
Laureta callaba, una vez terminada su novela, y, entre
la compañía, quién con uno, quién con otro de la desgracia de los amantes se
dolía, y quién reprobaba la ira de Ninetta, y unos una cosa y otros otra decían,
cuando el rey, como saliendo de un profundo pensamiento, alzó el rostro y a
Elisa le hizo señal de continuar narrando; la cual gentilmente comenzó:
Amables señoras, muchos son los que creen que Amor
solamente por las miradas encendido, envía sus saetas, burlándose de quienes
sostener quieren que alguien por el oído pueda enamorarse , y que éstos están
engañados aparecerá asaz claramente en una novela que contar entiendo, en la que
no solamente por la fama, sin haberse visto nunca, veréis que ha obrado sino
también cómo a mísera muerte condujo a cada uno os será manifiesto.
Guilielmo II, rey de Sicilia, según dicen los
sicilianos, tuvo dos hijos , uno varón llamado Ruggiero, la otra mujer, llamada
Constanza. El cual Ruggiero, muriendo antes que su padre, dejó un hijo llamado
Gerbino, el cual, con solicitud educado por su abuelo, se hizo un joven
hermosísimo y famoso en bizarría y en cortesía.
Y no dentro de los límites de Sicilia se quedó
encerrada su fama, sino que en varias partes del mundo sonando, era clarísima en
Berbería, que en aquellos tiempos era tributaria del rey de Sicilia. Y entre los
demás a cuyos oídos la magnífica fama de la virtud y la cortesía de Gerbino
llegaron, hubo una hija del rey de Túnez, la cual, según lo que todos los que la
veían decían, era una de las más hermosas criaturas que nunca por la naturaleza
hubiera sido formada, y la más cortés y de ánimo grande y noble. La cual,
gustando de oír hablar de los hombres valerosos, con tanto afecto retuvo las
cosas valerosamente hechas por Gerbino que unos y otros contaban, y tanto le
agradaban, que dándole vueltas en su imaginación a cómo debía ser él,
ardientemente se enamoró, y con más agrado que de otros hablaba de él y a quien
de él hablaba escuchaba.
Por otra parte, había también, como a otros lugares,
llegado a Sicilia la grandísima fama de la belleza y del valor de ella, y no sin
gran deleite ni en vano había alcanzado los oídos de Gerbino; así, no menos que
la joven se había inflamado por él, él por ella se había inflamado.
Por la cual cosa, hasta tanto que con conveniente razón
de su abuelo la licencia pidiese para ir a Túnez, deseoso sobremanera de verla,
a todo amigo suyo que allí iba, ordenaba que en cuanto estuviera en su poder le
comunicase su secreto y gran amor del modo que mejor le pareciese y le trajese
de ella noticia. De los cuales, uno lo hizo muy sagazmente llevándole joyas de
mujer para que las viese, del modo que hacen los mercaderes, y por completo
manifestándole el ardor de Gerbino, él y sus cosas le ofreció dispuestas a sus
mandatos; la cual, con alegre rostro el embajador y la embajada recibió; y
respondiéndole que ella en igual amor ardía, una de sus más preciosas joyas en
testimonio de ello le mandó. La cual recibió Gerbino con tanta alegría como
pueda recibirse la cosa más querida, y por aquel mismo muchas veces le escribió
y le mandó preciosísimos presentes, haciendo con ella ciertos conciertos para,
si la fortuna lo permitiese, verse y tocarse.
Pero andando las cosas de esta guisa y un poco más
lejos de lo que hubiera sido necesario ardiendo por una parte la joven y por
otra Gerbino, sucedió que el rey de Túnez la casó con el rey de Granada, de lo
que ella se afligió sobremanera, pensando que no solamente con larga distancia
se alejaba de su amante sino que casi por completo le era arrebatada; y si
hubiera habido manera, de buena gana, para que aquello no sucediese, hubiera
huido del padre y se hubiera reunido con Gerbino.
Del mismo modo, Gerbino, enterado de este matrimonio,
sin medida doliente vivía y pensando si pudiese hallar alguna manera de poder
llevársela por la fuerza, si sucediese que por mar fuese al marido.
El rey de Túnez, oyendo algo de este amor y de la
determinación de Gerbino, y temiendo su valor y su poder, llegando el tiempo en
que debía mandarla, hizo saber al rey Guilielmo lo que quería hacer y que
entendía hacerlo si él le aseguraba que ni Gerbino ni otro se lo impediría.
El rey Guilielmo, que viejo era y no había oído nada
del enamoramiento de Gerbino, no imaginándose que por ello se le pidiese tal
garantía, lo concedió de buena gana y en señal de ello mandó al rey de Túnez su
guante . El cual, después de que la seguridad hubo recibido, hizo preparar una
grandísima y hermosa nave en el puerto de Cartago y abastecerla con todo lo que
fuera necesario, y adornarla y prepararla, para mandar en ella a su hija a
Granada; y no esperaba sino el tiempo favorable.
La joven señora, que todo esto sabía y veía,
ocultamente mandó a Palermo a un servidor suyo y le ordenó que al bellido
Gerbino saludase de su parte y le dijera cómo iba a irse a Granada pocos días
después; por lo que ahora se vería si era hombre tan valiente como se decía y si
tanto la amaba como muchas veces le había significado.
Aquel a quien le fue ordenada, óptimamente cumplió su
embajada y se volvió a Túnez. Gerbino, al oír esto, y sabiendo que el rey
Guilielmo su abuelo había otorgado la seguridad al rey de Túnez, no sabía qué
hacerse; pero empujado por el amor, habiendo escuchado las palabras de la señora
y para no parecer vil, yendo a Mesina, allí hizo prestamente armar dos galeras
ligeras, y haciendo subir a ellas valientes hombres, con ellos se fue junto a
Cerdeña, pensando que por allí debía pasar la nave de la señora.
Y no tardó en realizarse su pensamiento, porque después
de que allí pocos días hubo estado, la nave, con poco viento y no lejana al
lugar donde se había apostado esperándola, apareció. Viendo la cual, Gerbino, a
sus compañeros dijo:
-Señores, si sois tan valerosos como pienso, ninguno de
vosotros creo que esté sin haber sentido o sentir amor, sin el cual, como por mí
mismo juzgo, ningún mortal puede ninguna virtud o bien tener en sí; y si
enamorados habéis estado o estáis, fácil cosa os será comprender mi deseo. Yo
amo: Amor me indujo a daros la presente fatiga, y lo que amo, en la nave que se
ve ahí delante está, la cual, junto con la cosa que yo más deseo, va llena de
grandísimas riquezas, las cuales, si hombres valerosos sois, con poca fatiga,
virilmente combatiendo, podemos conquistar; de cuya victoria no busco quedarme
sino con una mujer por cuyo amor muevo las armas; todas las demás cosas sean
vuestras libremente desde ahora. Vamos, pues, y con buena ventura asaltemos la
nave mientras Dios, favorable a nuestra empresa, sin prestarle viento nos la
tiene inmóvil.
No necesitaba el bellido Gerbino tantas palabras porque
los mesinenses que con él estaban, deseosos del botín, ya en su ánimo estaban
dispuestos a hacer aquello a lo que Gerbino les alentaba con las palabras; por
lo que, haciendo un grandísimo alboroto, al final de sus palabras, para que así
fuese sonaron las trompetas, y empuñando las armas dieron los remos al agua y a
la nave llegaron.
Los que en la nave estaban, viendo de lejos venir las
galeras, no pudiéndose ir, se aprestaron a la defensa.
El bellido Gerbino, llegado a ella, ordenó que
los patrones a las galeras fuesen llevados si no querían batalla.
Los sarracenos, asegurados de quiénes eran y qué
pedían, dijeron que se les asaltaba contra la palabra empeñada con ellos por el
rey suyo, y en señal de ello mostraron el guante del rey Guilielmo y del todo se
negaron, si no eran vencidos en batalla, a rendirse o a darle nada que hubiera
en la nave. Gerbino, que en la popa de la nave había visto a la señora, mucho
más hermosa de lo que él ya pensaba, mucho más inflamado en amor que antes, al
mostrarle el guante repuso que allí no había en aquel momento halcones para los
que se necesitase un guante, y que por ello, si no querían entregarles a la
señora, que se preparasen a la batalla. La que, sin esperar más, a arrojarse
saetas y piedras el uno contra el otro fieramente comenzaron y largamente con
daño de cada una de las partes en tal guisa combatieron.Por último, viéndose
Gerbino sin mucho provecho, tomando una barquichuela que de Cerdeña llevado
había, y prendiéndole fuego, con las dos galeras la acostó a la nave; lo que
viendo los sarracenos y conociendo que por necesidad debían o rendirse o morir,
haciendo a cubierta venir a la hija del rey, que bajo cubierta lloraba, y
llevándola a la proa de la nave y llamando a Gerbino, ante sus ojos, a ella, que
pedía merced y ayuda, le cortaron las venas y arrojándola al mar dijeron:
-Tómala, te la damos como podemos y como tu lealtad la
ha merecido.
Gerbino, viendo su crueldad, deseoso de morir, no
preocupándose por saetas ni por piedras, a la nave se hizo acercar, y subiendo a
ella a pesar de cuantos allí iban, no de otra manera que un león famélico entra
en una manada de becerros, ora a éste ora a aquél desangrando y primero con los
dientes y con las uñas su ira sacia que el hambre, con una espada en la mano ora
a éste ora a aquél cortando de los sarracenos, cruelmente a muchos mató Gerbino
; creciendo ya el fuego en la encendida nave, haciendo a los marineros coger lo
que pudieran como recompensa, abajo se fue con aquella poco alegre victoria
conseguida sobre sus enemigos.
Luego, haciendo el cuerpo de la hermosa señora recoger
del mar, largamente y con muchas lágrimas la lloró, y volviéndose a Sicilia, en
Ustica, pequeñísima isla casi enfrente de Trápani, honradamente la hizo
sepultar, y a su casa se fue más dolorido que ningún hombre.
El rey de Túnez, conocida la noticia, a sus embajadores
de negro vestidos, envió al rey Guilielmo, doliéndose de que la palabra dada mal
había sido cumplida, y le contaron cómo. Por lo que el rey Guilielmo,
fuertemente airado, no viendo manera de poder negarles la justicia que pedían,
hizo apresar a Gerbino, y él mismo, no habiendo ninguno de sus barones que con
ruegos se esforzase en disuadirlo, le condenó a muerte y en presencia suya le
hizo cortar la cabeza, queriendo antes quedarse sin nieto que tenido por un rey
sin honor.
Así, en pocos días, tan miserablemente los dos amantes,
sin haber gustado ningún fruto de su amor, de mala muerte murieron, como os he
contado.
Giovanni Boccaccio
The Decameron
THE FOURTH DAY, THE FOURTH NOVELL
IN COMMENDATION OF
JUSTICE BETWEENE PRINCES; AND DECLARING WITHALL, THAT NEITHER FEARE, DANGERS,
NOR DEATH IT SELFE, CAN ANY WAY DAUNT A TRUE AND LOYALL LOVER
Gerbino, contrary to the former plighted faith of
his Grand-father, King Gulielmo, fought with a Ship at Sea, belonging to the
King of Thunis, to take away his Daughter, who was then in the same Ship.
Shee being slaine by them that had the possession of her, he likewise slew
them; and afterward had his owne head smitten off.
Madam Lauretta having concluded her Novel, and the
company complaining on Lovers misfortunes, some blaming the angry and
jealous fury of Ninetta, and every one delivering their severall opinions;
the King, as awaking out of a passionate perplexity, exalted his lookes,
giving a signe to Madame Elisa, that shee should follow next in order,
whereto she obeying, began in this manner. I have heard (Gracious Ladies,
quoth she) of many people, who are verily perswaded, that loves arrowes,
never wound any body, but onely by the eyes lookes and gazes, mocking and
scorning such as maintaine that men may fall in love by hearing onely.
Wherein (beleeve me) they are greatly deceived, as will appeare by a Novell
which I must now relate unto you, and wherein you shall plainely perceive,
that not onely fame or report is as prevailing as sight; but also hath
conducted divers, to a wretched and miserable ending of their lives.
Gulielmo the second, King of Sicilie, according as
the Sicilian Chronicles record, had two children, the one a sonne, named Don
Rogero, and the other a daughter, called Madame Constance. The saide Rogero
died before his Father, leaving a sonne behind him, named Gerbino, who, with
much care and cost, was brought up by his Grand-father, proving to be a very
goodly Prince, and wonderously esteemed for his great valour and humanity.
His fame could not containe it selfe, within the bounds or limits of Sicilie
onely, but being published very prodigally, in many parts of the world
beside, flourished with no meane commendations throughout all Barbarie,
which in those dayes was tributary to the King of Sicilie. Among other
persons, deserving most to be respected, the renowned vertues, and
affability of this gallant Prince Gerbino, was understood by the beautious
Daughter to the King of Tunis, who by such as bad seene her, was reputed to
be one of the rarest creatures, the best conditioned, and of the truest
noble spirit, that ever Nature framed in her very choicest pride of Art.
Of famous, vertuous, and worthy men, it was
continually her cheefest delight to heare, and the admired actions of
valiant Gerbino, reported to her by many singular discoursers: such as could
best describe him, with language answerable to his due deservings, won such
honourable entertainment in her understanding soule, that they were most
affectionately pleasing to her, and in recapitulating (over and over againe)
his manifold and heroycall perfections; meere speech made her extreamely
amorous of him, nor willingly would she lend an eare to any other discourse,
but that which tended to his honour and advancement.
On the other side, the fame of her incomparable
beauty, with addition of her other infinite singularities beside; as the
World had given eare to innumberlesse places, so Sicilie came at length
acquainted therewith, in such flowing manner, as was truly answerable to her
merit. Nor seemed this as a bare babling rumour, in the Princely hearing of
royall Gerbino; but was embraced with such a reall apprehension, and the
entire probation of a true understanding: that he was no lesse enflamed with
noble affection towards her, then she expressed the like in vertuous opinion
of him. Wherefore, awaiting such convenient opportunity, when he might
entreat license of his Grand-father, for his owne going to Thunis, under
colour of some honourable occasion, for the earnest desire he had to see
her: he gave charge to some of his especiall friends (whose affaires
required their presence in those parts) to let the Princesse understand, in
such secret manner as best they could devise, what noble affection he bare
unto her, devoting himselfe onely to her service.
One of his chosen friends thus put in trust, being
a jeweller, a man of singular discretion, and often resorting to Ladies for
sight of his jewels, winning like admittance to the Princesse: related at
large unto her, the honourable affection of Gerbino, with full tender of his
person to her service, and that she onely was to dispose of him. Both the
message and the messenger, were most graciously welcome to her, and flaming
in the selfe-same affection towards him: as a testimony thereof, one of the
very choisest Jewels which she bought of him, she sent by him to the Prince
Gerbino, it being received by him with such joy and contentment, as nothing
in the world could be more pleasing to him. So that afterward, by the trusty
carriage of this Jeweller, many Letters and Love-tokens passed betweene
them, each being as highly pleased with this poore, yet happy kind of
entercourse, as if they had seene and conversed with one another.
Matters proceeding on in this manner, and
continuing longer then their love-sick passions easily could permit, yet
neither being able to finde out any other meanes of helpe; it fortuned that
the King of Thunis promised his daughter in marriage to the King of Granada,
whereat she grew exceedingly sorrowfull, perceiving, that not onely she
should be sent further off, by a large distance of way from her friend, but
also be deprived utterly, of all hope ever to enjoy him. And if she could
have devised any meanes, either by secret flight from her Father, or any way
else to further her intention, she would have adventured it for the Princes
sake. Gerbino in like maner bearing of this purposed marriage, lived in a
hell of torments, consulting oftentimes with his soule, how he might be
possessed of her by power, when she should be sent by Sea to her husband, or
private stealing her away from her Fathers Court before: with these and
infinite other thoughts, was he incessantly afflicted, both day and night.
By some unhappy accident or other, the King of
Thunis heard of this their secret love, as also of Gerbinoes purposed policy
to surprize her, and how likely he was to effect it, in regard of his manly
valour, and store of stout friends to assist him. Hereupon, when the time
was come, that he would convey his daughter thence to her marriage, and
fearing to be prevented by Gerbino: he sent to the King of Sicilie, to let
him understand his determination, craving safe conduct from him, without
impeachment of Gerbino, or any one else, untill such time as his intent was
accomplished. King Gulielmo being aged, and never acquainted with the
affectiotiate proceedings of Gerbino, nor any doubtfull reason to urge this
security from him, in a case convenient to be granted: yeelded the sooner
thereto right willingly, and as a signall of his honourable meaning, he sent
him his royall Glove, with a full confirmation for his safe conduct.
No sooner were these Princely assurances received,
but a goodly ship was prepared in the Port of Carthagena, well furnished
with all thinges thereto belonging, for the sending his daughter to the King
of Granada, waiting for nothing else but best favouring windes. The young
Princesse, who understood and saw all this great preparation; secretly sent
a servant of hers to Palermo, giving him especiall charge, on her behalfe,
to salute the Prince Gerbino, and to tell him that (within few dayes) she
must be transported to Granada. And now opportunity gave faire and free
meanes, to let the world know, whether he were a man of that magnanimous
spirit, or no, as generall opinion had formerly conceived of him, and
whether he affected her so firmely, as by many close messages he had assured
her. He who had the charge of this embassie, effectually performed it, and
then returned backe to Thunis.
The Prince Gerbino, having heard this message from
his divine Mistresse, and knowing also, that the Kin his Grandfather, had
past his safe conduct to the King of Thunis, for peaceable passage through
his Seas: was at his wits end, in this urgent necessity, what might best bee
done. Notwithstanding, moved by the setled constancy of his plighted Love,
and the speeches delivered to him by the messenger from the Princesse: to
shew himselfe a man endued with courage, he departed thence unto Messina,
where he made ready two speedy gallies, and fitting them with men of valiant
disposition, set away to Sardignia, as making full account, that the Ship
which carried the Princesse, must come along that Coast. Nor was his
expectation therein deceived: for, within few dayes after, the Ship (not
over-swiftly winded) come sailing neere to the place where they attended for
her arrivall; whereof Gerbino had no sooner gotten a sight, but to animate
the resolutes which were in his company, thus he spake.
Gentlemen, if you be those men of valour, as
heretofore you have bene reputed, I am perswaded, that there are some among
you, who either formerly have, or now instantly do feele, the all-commanding
power of Love, without which (as I thinke) there is not any mortall man,
that can have any goodnesse—or vertue dwelling in him. Wherefore, if ever
you have bene amorously affected, or presently have any apprehension
thereof, you shall the more easily Judge of what I now aime at. True it is,
that I do love, and love hath guided me to be comforted, and manfully
assisted by you, because in yonder Ship, which you see commeth on so gently
under saile (even as if she offered her selfe to be our prize) not onely is
the Jewell which I most esteeme, but also mighty and unvalewable treasure,
to be wonne without any difficult labour, or hazard of a dangerous fight,
you being men of such undauntable courage. In the honour of which victory, I
covet not any part or parcell, but onely a Ladie, for whose sake I have
undertaken these Armes, and freely give you all the rest contained in the
Ship. Let us set on them, Gentlemen, and my deerest friends; couragiously
let us assaile the ship, you see how the wind favours us, and
(questionlesse) in so good an action, Fortune will not faile us.
Gerbino needed not to have spoken so much, in
perswading them to seize so rich a booty, because the men of Messina were
naturally addicted to spoile and rapine: and before the Prince began his
Oration, they had concluded to make the ship their purchase. Wherefore,
giving a lowde shout, according to their Country manner, and commanding
their Trumpets to sound chearfully, they rowed on a maine with their Oares,
and (in meere despight) set upon the ship. But before the Gallies could come
neere her, they that had the charge and managing of her, perceyving with
what speede they made towards them, and no likely meanes of escaping from
them, resolvedly they stood upon their best defence, for now it was no time
to be slothfull. The Prince being come neere to the Ship, commanded that the
Patrones should come to him, except they would adventure the fight. When the
Sarazines were thereof advertised, and understood also what he demanded,
they returned answer: That their motion and proceeding in this manner, was
both against Law and plighted faith, which was promised by the King of
Sicilie, for their safe passage through the Sea by no meanes to be mollested
or assailed. In testimony whereof, they shewed his Glove, avouching
moreover, that neither by force (or otherwise) they would yeelde, or deliver
him any thing which they had aboorde their Ship.
Gerbino espying his gracious Mistresse on the Ships
decke, and she appearing to be farre more beautifull then Fame had made
relation of her: being much more enflamed now, then formerly he had bin,
replyed thus when they shewed the Glove. We have (quoth he) no Faulcon here
now, to be humbled at the sight of your Glove: and therefore, if you will
not deliver the Lady, prepare your selves for fight, for we must have her
whether you will or no. Hereupon, they began to let flie (on both sides)
their Darts and arrowes, with stones sent in violent sort from their slings,
thus continuing the fight a long while, to very great harme on either side.
At the length, Gerbino perceiving, that small benefit would redound to him,
if he did not undertake some other kinde of course: he tooke a small Pinnace,
which purposely he brought with him from Sardignia, and setting it on a
flaming fire, conveyed it (by the Gallies help) close to the ship. The
Sarazines much amazed thereat, and evidently perceiving, that either they
must yeeld or dye; brought their Kings daughter to the prow of the ship,
most greevously weeping and wringing her hands. Then calling Gerbino, to let
him behold their resolution, there they slew hir before his face, and
afterward, throwing her body into the Sea, saide: Take her, there we give
her to thee, according to our bounden duty, and as thy perjury hath justly
deserved.
This sight was not a little greevous to the Prince
Gerbino, who madded now with this their monstrous cruelty, and not caring
what became of his owne life, having lost her for whom he onely desired to
live: not dreading their Darts, Arrowes, slinged stones, or what violence
els they could use against him; he leapt aboord their ship, in despight of
all that durst resist him, behaving himselfe there like a hunger-starved
Lyon, when he enters among a heard of beasts, tearing their carkasses in
pieces both with his teeth and pawes. Such was the extreme fury of this
poore Prince, not sparing the life of any one, that durst appeare in his
presence; so that what with the bloody slaughter, and violence of the fires
encreasing in the Ship; the Mariners got such wealth as possibly they could
save, and suffering the Sea to swallow the rest, Gerbino returned unto his
Gallies againe, nothing proud of this so ill-gotten victory.
Afterward, having recovered the Princesse dead body
out of the Sea, and enbalmed it with sighes and teares: he returned backe
into Sicilie, where he caused it to be most honourably buried, in a little
Island, named Ustica, face to face confronting Trapanum. The King of Thunis
hearing these disastrous Newes, sent his Ambassadors (habited in sad
mourning) to the aged King of Sicilie, complaining of his faith broken with
him, and how the accident had falne out. Age being sodainly incited to anger,
and the King extreamly offended at this injury, seeing no way whereby to
deny him justice, it being urged so instantly by the Ambassadors: caused
Gerbino to be apprehended, and he himselfe (in regard that none of his Lords
and Barons would therein assist him, but laboured to divert him by their
earnest importunity) pronounced the sentence of death on the Prince, and
commanded to have him beheaded in his presence; affecting rather, to dye
without an heire, then to be thought a King voyde of justice. So these two
unfortunate Lovers, never enjoyed the very least benefite of their long
wished desires: ended both their lives in violent manner.
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